Rabindranath Tagore : s'exprimer librement

« Un pays est la création de l'homme. Un pays n'est pas seulement de la terre, mais du coeur. Un pays ne peut s'exprimer pleinement que si ses habitants s'expriment. »1

L'être humain est l'acteur principal du changement. Daisaku lkeda nous l'a récemment rappelé dans son commentaire sur le principe bouddhique des « trois transformations de la Terre » du Sûtra du Lotus. Et cette réflexion de Tagore est l'occasion de mieux cerner l'un des aspects de ce processus de transformation: la liberté d'expression.

Nous vivons dans une ère où les moyens de communication abondent. Mais s'exprimer librement dans toutes les situations du quotidien n'est pas toujours simple. Face à l'autorité, à l'injustice ou au mépris, faire entendre notre voix demande souvent de gagner d'abord sur nos peurs et sur notre manque de confiance.

Du courage de s'exprimer librement...

Nous avons la chance de vivre dans un pays où la liberté d'expression est un droit établi depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en 1789. De ce fait, toute personne peut émettre librement une opinion, positive ou négative, sur un sujet, mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution... si toutefois elle ne nuit pas à autrui. Les propos incitant à la haine raciale, diffamatoires et discriminants sont considérés comme des délits interdits par la loi. Pourtant, bien que jouissant de ce droit d'expression, nous oublions parfois le pouvoir extraordinaire que nous offre cette liberté.

Dans une situation où nous ne pouvons pas exprimer librement ce que nous pensons, ressentons ou croyons, accuser l'autre est un réflexe bien humain. Or, même si nous avons raison, garder une colère sourde ou de la peur ne peut nous faire avancer dans notre révolution humaine. Pour changer la situation, il nous faut faire appel à tout notre courage : celui de comprendre ce qui nous affecte réellement et celui de dépasser nos limites. Avec une telle attitude, même l'opposition la plus virulente devient une opportunité constructive, Il est alors possible de ne pas renoncer aux valeurs que l'on veut défendre, sans perdre de vue l'humanité de l'autre. Nous ouvrons alors en nous la voie d'une grande liberté intérieure.

Cultiver la liberté d'expression commence donc par cultiver sa liberté intérieure et, donc, renforcer son autonomie. Il existe différents moyens pour avancer sur ce chemin. Ce devrait être en tout cas la fonction de la religion, comme nous le rappelle Daisaku Ikeda: « Au XXIe siècle, la religion doit procurer aux gens la sagesse leur permettant d'être indépendants, de penser et de décider sagement par eux-mêmes comment vivre leur vie. »2.

...au courage d'ouvrir la voie du changement

Gagner en liberté constitue un bénéfice non seulement pour soi, mais aussi pour les autres. Nichiren Daishonin affirme « C'est parla voix que s'accomplit l'oeuvre du Bouddha. »3. Par cet encouragement, il nous invite non seulement à dialoguer, mais aussi à prendre conscience de notre responsabilité en tant qu'être humain. Cette responsabilité, c'est celle de nous éveiller au potentiel illimité que chaque individu possède et d'utiliser notre courage pour défendre la dignité de la vie, pour ne pas plier face aux injustices. Car, sans justice, il n'y a pas de paix possible. Daisaku Ikeda explique : « Les paroles calomnieuses et diffamatoires ne relèvent pas de la liberté d'expression, mais bien de la violence verbale. Nous ne devrions pas les laisser passer. Nous sommes dans notre bon droit de corriger de tels mensonges. La démocratie meurt si ce droit disparaît. »4

Avec cette conviction, chacun de nos efforts constitue un pas pour affirmer la grandeur de l'être humain et pour inspirer les autres, ouvrant ainsi la voie du changement ici et maintenant. Le film La Vie des autres5 en est une illustration, Il nous montre comment la vie du capitaine de la Stasi, chargé d'espionner un dramaturge et une comédienne, va être transformée au contact, indirect, de ces deux individus qui se battent pour la liberté d'expression. Le capitaine, présenté au début du film comme un instrument froid et déshumanisé du pouvoir, va retrouver peu à peu son humanité jusqu'à mettre tout en oeuvre pour sauver la vie de personnes qui lui étaient inconnues.

Tout dépend de nous pour passer d'une société fondée sur l'avidité, la colère et l'ignorance, à une société véritablement préoccupée par l'humain et par le respect de la dignité de la vie. Chacune de nos victoires est un pas concret pour réaliser que notre vie et celle des autres sont dotées d'un magnifique potentiel.


Cap sur la paix n° 800, 1er juin 2009.


Notes

  • 1. Rabindranatah Tagore, Of Myself,traduit par Deavadatta Joardar et Joe Writter, Londres, Anvil Press Poetry Ltd., 2006, p.85.
  • 2. La Sagesse du Sûtra du Lotus, vol.1, p.58.
  • 3. Nichiren Daishonin, L&T-III, 44.
  • 4. Daisaku Ikeda, D&E - avril09, 27.
  • 5. La Vie des autres (Das Leben der Anderen) - Florian Henckel von Donnersmark, 2007.

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